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22 novembre 2010 / Amertume Coing-Pomme

TS

Je n’ai pas été très actif ces dernières semaines. Il y a eu, après le moment un peu tangent dont je parlais dans le précédent billet, du mieux. Il y a eu des soubresauts, des oscillations. Il y a eu en trame de fond de la révolte par rapport à un monde de merde. Il y a eu de l’indignation, un peu d’abattement. Il y a eu les manifs contre la réforme des retraites, ou on s’est retrouvés tous ensembles, oui ! oui ! et ça a fait un peu chaud.

Et il y a eu la semaine dernière. Pas mal de noirceur, sous la surface, dont je ne savais pas si c’était le retour de la grande salope, la Dépression. Mais elle parlait d’avenir, de son travail de recherche, de ses projets d’aller à Paris voir ses profs. J’ai laissé courir.

Et il y a eu dimanche. Les larmes pendant la matinée, le pas d’envie. Les grandes interrogations sur son anormalité à ne pas avoir d’enfant, mais un enfant à quoi bon, si c’est pour lui donner un monde aussi foireux et corrompu que le nôtre, si c’est l’éduquer en lui montrant le beau alors que derrière c’est violent, c’est vicieux, c’est petit, c’est mesquin et ceux qui sont en haut n’ont pas de scrupule à marcher sur la gueule des autres. L’aveu qu’elle a arrêté les anti dépresseurs, dernière dose prise vendredi matin, la boîte est vide, elle ne veut pas aller en prendre, elle ne veut plus prendre de médicament. J’identifie les symptômes du sevrage, fatigue, difficulté à fixer son attention, tristesse.  Nous avions invité des amis pour un goûter-DVD musique-soupe à l’oignon. On s’en est sorti (un peu) en allant voir les vidéos de MédiaPorte.  J’ai proposé d’annuler l’invitation, elle a dit que non, que ça l’aiderait à aller mieux. Jusqu’à l’arrivée de nos amis, elle était sans énergie, allongée sur le canapé pendant que j’œuvrais en cuisine. Elle a pris sur elle ensuite, plutôt volubile, alors que je m’attendais à devoir parler pour deux, et la fin d’après midi s’est écoulé de façon agréable. J’avais presque oublié le début de journée. Après le départ de nos amis, le masque est tombé. Larmes. Douleur intérieure. Idées noires. Elle m’a dit qu’elle ne voulait plus retourner à l’hôpital, jamais. J’ai senti la faille. J’ai eu peur. J’ai eu peur comme en Janvier. J’ai à peine dormi de la nuit, comme en Janvier, pour la même raison.

Et puis il y a eu ce matin.

Je me suis levé, un peu décalqué, et elle n’est pas venu déjeuner avec moi. Je l’ai entendu se lever et aller aux toilettes un peu plus tard, et je suis monté voir comment ça allait. Elle a fermé la porte de la salle de bain précipitamment, ce qui était suffisamment inhabituel pour m’inquiéter. Je me précipite de peur qu’elle ne ferme le loquet derrière elle, mais je pense qu’elle a juste rangé précipitamment ce qu’elle avait sorti. Je la prend dans mes bras, en essayant de maîtriser mon angoisse, et je lui dis à quel point je tiens à elle. Elle m’écoute, sans parler et dit qu’elle veut prendre une douche, parce qu’elle a fait des cauchemars et transpiré pendant la nuit. J’acquiesce, et je vais travailler dans mon bureau. Je mets une alarme pour aller voir ce qui se passe un peu plus tard. Quand je retourne dans la salle de bain 20 minutes plus tard, elle fredonne sous la douche, l’air absent, le regard vague. Je fais coucou, elle ne répond pas. Je lui dis que je lui prépare une serviette pour qu’elle sorte et se sèche. J’ouvre la porte de la douche. Il y a des boites de médicaments contre la migraine (un traitement de fond qu’elle ne prend pas parce que ça l’assomme et qu’elle ne peut plus rien faire), un verre, un comprimé d’autre chose qui fond dans l’eau, une paire de ciseaux pointus. Elle glisse le long de la cloison, et se recroqueville dans un coin du bac. Je la sors. Je la sèche. Je la ramène dans la chambre. Je la couche. Je regarde les boîtes, l’ordinateur est allumé à deux pas, je jette un oeil sur wikipédia, elle s’est gavé de bêta bloquants, je ne sais pas exactement combien de comprimé elle a pris. Je passe 10 minutes à la convaincre qu’il faut aller à l’hôpital, en menaçant à la fin d’appeler les pompiers si elle ne vient pas d’elle même. Elle crie, elle pleure. Je l’habille. Par chance, nous habitons à 200m d’un petit établissement public qui a un service d’urgences de jour, où elle est prise en charge. J’ai le droit, comme dans House MD de retourner chez moi fouiller à la recherche d’autres boîtes de médocs planqués, mais a priori, elle n’a pris que ce qui était dans la cabine de douche. Elle est transféré par le SAMU un peu plus tard vers le gros hôpital de la grande ville voisine, parce que chez nous ils n’ont pas de quoi faire le suivi et que par chance il y a un lit disponible là bas en réanimation. Mais je ne peux pas monter dans la voiture. Le médecin me recommande d’attendre une heure et d’appeler pour prendre des nouvelles et connaître les modalité des visites.

Je rentre effondré. J’appelle au bureau pour dire que je prends ma journée, mais je sanglotte au téléphone, et je me suis rendu compte ce soir que mon interlocuteur n’avait pu m’identifier qu’a posteriori et par élimination. Je caresse le chat, qui n’a pas tout compris mais qui est content quand même. Une heure plus tard, un peu calmé, j’appelle. État stable me dit-on, je peux venir et rester le temps que je veux. J’appelle son psychiatre, qui me dit de le tenir au courant. J’avale un truc, je remplis la gamelle du félin et je file. Je la retrouve sous monitoring, dans le coal tar, avec des spasmes dans les jambes (dans mon expérience plus liés au sevrage de l’anti dépresseur qu’à la surdose) qui la font s’agiter. Elle ne peut pas fixer son attention, oublie régulièrement la perfusion et veut se lever et marcher pour soulager ses jambes. Elle a du mal à garder les yeux ouverts. Le personnel m’indique que ça se passe bien, qu’il faut attendre qu’elle évacue les molécules toute seule.

J’ai passé l’après midi à veiller sur elle, un peu impuissant mais présent. Sur la fin de la journée, elle m’a dit qu’elle se sentait conne d’avoir fait ça, qu’elle regrettait. J’ai dit que c’était effectivement une belle connerie.

Demain matin je vais essayer de travailler un peu et de parer aux urgences d’aujourd’hui que je n’ai pas pu traiter. Je retourne la voir à l’hôpital demain midi. On m’a laissé entendre que si tout se passait bien elle pourrait ressortir, au moins de l’unité de soins continus, demain.

Quelle misère…

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